5A. GAMME, ÉCHELLE, MODE
Quelques définitions et un peu d’histoire…
Une échelle musicale est une succession de notes ou degrés dans un ordre défini allant potentiellement a l’infini.
Une gamme est la limitation de l’échelle a une octave, c’est a dire d’une note a la meme note 8 notes plus haut .
Un degré désigne la place d’une note dans une gamme spécifique.
La gamme dite « naturelle » est celle de DO Majeur: elle contient sept notes s’échelonnant du do au prochain do.
C’est une gamme de 7 degrés constituée de 5 tons et deux demi-tons, comme on peut le voir sur un clavier
de piano : entre mi-fa et si-do, il y a toujours un demi-ton.
Pourquoi cette gamme est dite « naturelle »? Pourquoi est-ce un système heptatonique (de 7 notes),
alors qu’on peut diviser l’octave en 1 2 demi-tons égaux ? Pourquoi y a-t-il deux demi-tons dans notre gamme
et pourquoi entre les IIIe et IVe degrés et les VIIe et VIIIe degrés? D’ou viennent les noms de notes?
Pour trouver les réponses il faut se pencher sur l’histoire et la logique de notre système tonal, issu du système
modal grec et médiéval.
A. Deux intervalles de base : octave et quinte. Les deux intervalles de base de notre système acoustique sont
l’octave et la quinte, ils font partie des « harmoniques » contenues dans tout son musical.
Quelques notions d’acoustique pour vous aider a comprendre:
Un ou une harmonique est une composante à part entière d’un son musical. Il s’agit d’une fréquence multiple
de la fréquence fondamentale .
Par exemple, si on appelle « ƒ0 » la fréquence fondamentale, les harmoniques auront des fréquences égales à
2 Xƒ0, 3 X ƒ0, 4 X ƒ0, 5 X ƒ0, etc.
En prenant comme note fondamentale le « la » du diapason (440 Hz) , les harmoniques sont toutes les notes
ayant pour fréquence un multiple de 440. Les harmoniques d’une note sont plus aiguës que la note de base:
ƒ 440 Hz fréquence fondamentale harmonique de rang 1
ƒ2 880 Hz (440 X 2) fréquence multiple première harmonique de rang 2
ƒ3 1 320 Hz (440 X 3) fréquence multiple seconde harmonique de rang 3
ƒ4 1 760 Hz (440 X 4) fréquence multiple troisième harmonique de rang 4
L’octave est la seconde harmonique d’un son et la troisième harmonique est la quinte, ce qui fait que l’on perçoit
naturellement assez facilement ces 2 intervalles qui furent considérés depuis l’Antiquité comme les intervalles
les plus consonants. Notons également que ces deux premiers intervalles d’octave et de quinte sont les intervalles
fondamentaux du système musical grec.
Pour la petite histoire, Pythagore aurait entendu ces 2 intervalles en passant devant une forge: les sons émis par
le martèlement des enclumes formaient des intervalles d’octave et de quinte (et de quarte), cette différence
provenant, selon Pythagore, du poids des marteaux, et non de la force du forgeron ou de la taille ou forme
de l’enclume. De retour chez lui, la légende nous rapporte qu’il mathématise cette expérience sous forme de
rapport numérique en utilisant le monocorde. La corde divisée en deux, lorsqu’elle est mise en vibration donne
un intervalle d’une octave plus aiguë que la corde laissée libre, et si l’on divise la corde en trois parties, les
deux-tiers de celle-ci mis en vibration feront entendre un son d’une quinte plus aiguë que la corde entière.
On appelle gamme pythagoricienne une gamme construite exclusivement sur des intervalles de quintes pures.
La méthode de superposition des quintes permet de construire une gamme chromatique, c’est la plus ancienne
manière d’accorder les instruments à sons fixes ; elle a été en usage jusqu’à la fin du Moyen Âge.
En utilisant le monocorde, on construit un intervalle de quinte pure à partir d’une note de base en prenant les
deux tiers de la corde. À partir de cette nouvelle note on prend à nouveau les deux tiers de la corde, ce qui donne
une deuxième quinte. En continuant ainsi, on retombe à la 1 2e quinte sur une note très proche de celle de départ,
la différence étant le comma pythagoricien. Bien que très faible, il est tout à fait audible, il est quasiment égal à
un huitième de ton. Pour retomber exactement sur la même note et donner à l’ensemble une étendue valant
exactement 7 octaves, la dernière quinte doit être raccourcie, on l’appelle alors la quinte « du loup »
car elle est très dissonante.
C’est l’un des inconvénients à l’origine de la création du « tempérament égal » selon lequel on répartit le comma
pythagoricien en raccourcissant chacune des 1 2 quintes de façon a retomber sur la même note de départ.
La quinte « du loup » est ainsi éliminée, et les notes mi# et si# rarement utilisées.
Les 1 2 quintes ainsi obtenues ne sont plus « pures » mais a ce niveau la, l’oreille ne le détecte pas, en tout cas pas
dans notre culture occidentale actuelle car nous avons baignés depuis toujours dans ce système tempéré,
aux intervalles non « purs ».
En musique traditionnelle indienne par exemple, les gammes utilisées (« ragas ») sont formées uniquement
d’intervalles purs, mais il est alors impossible de faire de l’harmonie, celle -ci étant basée sur le système du
cercle des quintes grâce au tempérament égal.
B. Construction des Gammes
La superposition de 5 quintes (do – sol – ré – la – mi) donne, après réduction à l’octave, une gamme pentatonique :
do – ré – mi – sol – la .
En rajoutant une quinte de chaque coté on obtient la superposition de 7 quintes (fa – do – sol – ré – la – mi – si )
qui donne une gamme heptatonique (7):
do – ré – mi – fa – sol – la – si avec une succession de ton ; ton ; demi-ton ; ton ; ton ; ton ; demi-ton.
Dans l’intervalle d’un octave, nous avons donc cinq tons et deux demi-tons.
N.B.: La superposition des 12 quintes donne une gamme chromatique
do – do# – ré – ré# – mi – fa – fa# – sol – sol# – la – la# – si
Encore un peu d’histoire: Pourquoi ces noms de notes?
Au xie siècle, le moine Guido d’Arezzo a l’idée d’utiliser des syllabes d’un chant latin,
l’Hymne de St Jean-Baptiste, pour nommer les notes des degrés de la gamme.
Il a utilisé la première syllabe de chacun des six premiers hémistiches de l’hymne (ut ré mi fa sol la).
Dans les pays de langue romane (français, italien, espagnol, portugais), cette appellation s’est imposée
face à la notation alphabétique (A B C D E F G en commençant sur le la) utilisée dans les pays germaniques
ou anglo-saxons.
Voici le texte de ce chant : Hymne de Saint Jean-Baptiste
Ut queant laxis
resonare fibris
Mira gestorum
famuli tuorum
Solve polluti
labii reatum
Sancte Iohannes
L’origine de la musique associée à ce poème est moins claire. Il est probable qu’elle soit une création
de Guido d’Arezzo lui-même, ou le réemploi d’une mélodie existante. Les sept premiers vers commencent
par des notes qui forment une gamme montante, sur les mots ut, re, mi, fa, sol, la.
L’ ut a été transformé plus tard en do, plus facile à prononcer « do » viendrait de la première syllabe du
mot latin : Dominus ( ô Seigneur)
C. Modes: (Les modes sont un sujet traité a part et plus en détails sur un autre pdf plus loin dans le programme)
Un mode est une succession précise de tons et de demi-tons au sein d’une échelle musicale.
Le système musical grec comporte 7 différents modes, c’est-à-dire différentes 7 différentes combinaisons
de tons et demi-tons dans une gamme.
À partir de la fin du 1 6e siècle, les modes furent globalement considérés en fonction de leur première tierce
qui était soit majeure, soit mineure, et furent donc répartis en deux grandes catégories : les modes majeurs,
dont la première tierce est majeure, et les modes mineurs, dont la première tierce est mineure.
Le mode majeur de la gamme « naturelle » se caractérise par cette succession bien précise où le demi-ton se situe
entre les IIIe et IVe degrés et les VIIe et VIIIe degrés, c’est le mode de la gamme « naturelle » qu’on appellera
désormais Gamme Majeure.
Dans le mode mineur, les demi-tons se répartissent différemment, nous le verrons ultérieurement.
Pour conserver cette succession de tons et de demi-tons, en partant d’une autre note que Do nous aurons besoin
d’altérer les notes (au moyen d’altérations # ou b), c’est-à-dire de les hausser ou les baisser de telle sorte à
conserver la succession précise de tons et demi-tons.
Ce sera le sujet d’autres cours consacrés aux gammes majeures.
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